À propos des Élections communales du
9 octobre 1932


Il ne semble pas résulter des chiffres que nous avons publiés que les catholiques doivent attendre des merveilles de l'introduction du suffrage féminin.
On n'aperçoit vraiment pas la plus petite nuance qui résulterait de l'exercice du droit de vote par la femme. On ne constate pas non plus une augmentation exceptionnelle du nombre des bulletins blancs ou nuls. C'est donc que la femme émet –aussi bien que l'électeur masculin– un vote régulier. On ne signale plus, comme ce fut le cas il y a six ans, l'existence de bulletins portant cette inscription : "Loué soit Jésus-Christ" et qui émanaient, à n'en pas douter, de bonnes et braves religieuses ! L'impression commune, c'est que la femme vote comme son mari. Et ceci dément toutes les prévisions.
On était facilement porté à croire que la femme devait –naturellement– voter plus à droite qu'à gauche. Ses sentiments religieux sont mieux préservés, du moins extérieurement ; sa nature la porte presqu'instinctivement vers l'ordre ; son inexpérience politique devrait plutôt profiter aux partis traditionnels. Bref, il existait incontestablement plusieurs raisons de croire que la femme devenue électrice serait d'un appoint sérieux pour le catholicisme et, n'hésitons pas à le reconnaître, beaucoup de propagandistes du suffrage féminin se souciaient bien plus de l'apport de voix au Parti Catholique que de l'émancipation civique de la femme.
Empressons-nous d'ajouter que tous les partis partageaient d'ailleurs, sur cette question, la même opinion. Les socialistes n'ont pas voulu –malgré un engagement solennel– étendre le droit de vote de la femme au scrutin provincial sous prétexte que son éducation civique n'était pas faite et qu'un droit de vote prématuré n'aurait d'autre conséquence que de renforcer le Parti catholique et la réaction.
Après deux expériences sur le terrain communal, expériences qui –répétons-le–bouleversent toutes les prévisions, il est permis de penser que l'élargissement du corps électoral à la Province et aux Chambres ne rencontrera plus d'opposition irréductible à gauche.
Cette perspective retiendra, nous n'en doutons pas, la sérieuse attention de nos organisations féminines qui apprécieront s'il ne convient pas d’intensifier l'éducation civique de leurs membres.

BEHOGNE Oscar, Les élections communales dans Les Dossiers de l'Action Catholique, n° 12, décembre 1932.

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