1899
: Le débat autour du système de la représentation
proportionnelle en section centrale
Les «contre»
«La représentation proportionnelle
est en complet désaccord avec l’ensemble de nos institutions.
Il est inexact qu’elle ne soit qu’un mécanisme
électoral ; elle affirme ce principe, que le but de l’élection
est de donner à chaque parti un nombre d’élus
correspondant à sa force électorale. Si même,
on trouvait un mécanisme parfait, jamais il ne s’adaptera
à nos institutions politiques. Les expériences tentées
par les autres nations sont là pour l’établir.
Notre régime est basé, non sur l’élection
des partis, mais de représentants. En fait, la mission des
Chambres n’est pas seulement de faire des lois, mais d’assurer
le bon gouvernement du pays. Pour cela, il faut une majorité
et l’autorité nécessaires.
Une telle majorité n’existera plus sous le régime
de la représentation proportionnelle.»
Les
«pour»
«Mais,
dit-on, il n’y aura plus de majorité à la Chambre.
Il y en aura une, s’il n’y en a pas une dans le pays.
Sinon, il n’y en aura pas plus à la Chambre que dans
le pays et l’on devra se contenter de faire les affaires du
pays au lieu de faire les affaires d’un parti.
On a dit que la Chambre gouverne ; cela est inexact et je m’étonne
que l’on n'ait pas protesté. La Chambre fait des lois,
contrôle les actes du gouvernement, fait et défait les
gouvernements. Mais ce n’est pas elle qui gouverne. Et il faut
s’entendre sur ce qu’on entend par gouverner ; j’ai
dit et je maintiens que gouverner, ça a été jusqu’ici
présider à la curée des places, faire des lois
de parti. Sous le régime censitaire, le jeu de bascule clérico-doctrinaire
a été l’alternance au pouvoir de deux chefs de
bande, se succédant pour partager entre leurs créatures
les dépouilles du pays, suivant l’adage des politiciens
américains : to the victors, the spoils (aux vainqueurs, le
butin).Et nous avions entre les partis une lutte de sauvages par la
corruption, la fraude, l’intimidation, par les moyens les plus
ignobles. Franchement, un pareil régime est peu digne de peuples
civilisés, et nous avons le devoir de nous élever un
peu plus haut que cela.
C’est ce que nous donnerait la représentation proportionnelle
; il n’y aurait plus de majorité à tout faire
: il n’y aurait même plus, fort probablement, que des
majorités composites ; ce serait un bien. Impuissantes à
faire le mal qu’elles ont fait jusqu’ici, ces majorités
pourraient faire le bien dont elles sont capables et qui est compatible
avec le régime parlementaire, dont le grand mérite est
d’empêcher une certaine somme de mal, plutôt qu’à
réaliser une grande somme de bien.
Il y a trois partis en présence désormais, dont deux
se subdivisent déjà. Nous n’avons pas la prétention
d’avoir, nous progressistes, les gros bataillons ; nous ne nous
adressons pas aux appétits ou aux préjugés des
masses ; nous pouvons n’être pas nombreux, nous sommes
forts par le désintéressement et la justice de nos revendications.
Et, déjà, bien que nous soyons peu nombreux, vous avez
dû subir quelques-unes des principales réformes qui sont
notre raison d’être, et vous en subirez bien d’autres.
J’estime que la représentation proportionnelle est indispensable,
parce qu’en proclamant le suffrage universel, vous avez donné
aux citoyens un droit effectif, celui d’être représentés.
A quoi nous sert, à nous, anticléricaux bruxellois,
notre droit de vote ; il aboutit à nous faire représenter
par des cléricaux ? A quoi sert-il aux libéraux et aux
socialistes des Flandres d’être électeurs, puisqu’ils
n’ont nul espoir d’arriver à être représentés
?»
Documents parlementaires de Belgique. Session législative ordinaire
de 1898-1899, Chambre des Représentants, p. 320 et p.
323.