Les motifs de grève


On peut arrêter le travail pour le licenciement abusif de travailleurs injustement accusés de faute professionnelle et que l'on cherche à écarter de l'entreprise.

«Finalement on avait décidé la reprise du travail parce que nous avions reçu la promesse qu'il n'y aurait pas de victimes. On nous a répondu qu'il n'y avait pas de victimes à cause de la grève mais bien deux licenciements pour faute professionnelle: un ouvrier, ancien mineur, qui avait arrêté la synthèse et un contremaître de la section alcool qui n'avait pas nettoyé les tuyauteries avant de partir en grève, au risque de voir ces tuyaux exploser. Le compromis: les deux doivent reconnaître par écrit leur faute professionnelle et s'ils récidivent, ils seront alors licenciés. En attendant, ils ont repris et le travail recommence...»

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Il est impossible de passer sous silence la grande grève de 1936 pour l'obtention, entre autres, de quelques jours de congés payés.

«En 1936, j'ai vécu ma première grande grève. J'étais encore un gamin. Ce qui fait qu'on ne voit pas les choses de la même façon. Nous n'avons jamais eu conscience vraiment de la chaleur des six jours de congé. Quand nous les avons eus, figurez-vous que c'était la première année que j'étais au travail. Il nous tombait subitement six jours de vacances. On est allé se promener le long du canal Albert pour observer les pêcheurs. Mais cela représentait tout autre chose pour un travailleur qui avait 10, 15 ou 30 ans de travail derrière lui. C'est plus tard que l'on prend conscience de tout cela.»

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Dans l'esprit des travailleurs, la grève est une chose rare. En effet, les indemnités de grève sont inexistantes ou insignifiantes. Au dire des témoins, il semble impossible de gagner une grève qui dure longtemps: une grève se gagne en quelques jours ou elle est perdue !

«Grève de 1921. Elle a duré neuf mois. Quand une grève n'est pas gagnée dans les quinze jours, on peut dire en général que c'est une grève perdue. Ou l'on gagne tout de suite ou l'on finit par un compromis ou une défaite totale

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Au début de ce siècle, aucune caisse de soutien n'existe; des grévistes vivent de la solidarité spontanée, vite épuisée d'ailleurs. Plus tard, on se cotise pour créer des caisses de résistance mais celles-ci restent pauvres, les salaires ne permettant pas de grosses cotisations. On voit même surgir, à certains endroits, des «soupes populaires». Lors d'actions plus longues, les caisses seront donc vite épuisées et les travailleurs tenaillés par la faim et les difficultés, accepteront de reprendre le travail sans avoir gagné.

«1921. Grève interminable. Les patrons avaient dit que nous rentrerions un par un, la tête basse. C'est ce qui s'est passé après neuf mois. En effet, rapidement la caisse de grève qui n'était pas riche, a été épuisée. On a vécu de la solidarité un moment... Cette solidarité donnait parfois quelque chose et quelquefois rien du tout. Et puis cette solidarité disparaît petit à petit comme dans toutes les grèves qui durent longtemps. Cette grève s'est malheureusement terminée par une rentrée individuelle: l'ouvrier affamé n'en pouvait plus.»

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Des travailleurs témoignent, 1886-1986, Cellule mémoire ouvrière de Seraing, CARHOP-MOC, Seraing, 1986.

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