| «Un
peu plus tard, M. Degorge Legrand entreprit la construction d'un
chemin de fer pour le service extérieur de son charbonnage
de Hornu. Les travaux commencèrent en avril 1829. Une chaussée
pavée conduisait la houille du centre des puits d'extraction
aux rivages du canal de jonction de Condé à Mons.
Cent soixante chevaux étaient employés à ce
transport. Sur le chemin de fer actuel, mis en activité depuis
le mois de mai 1830, le même transport s'opère avec
vingt-quatre chevaux. Chaque cheval traîne 9800 kil. en y
comprenant le poids du chariot qui est de 2000 kil. Le développement
total de la voie, double sur presque toute sa longueur, est de 18,517
mètres; les frais de construction, en évaluant le
prix du fer, de la fonte et du terrain fourni par le propriétaire,
s'élevèrent à 18fr. par mètre; celui
de Manchester à Liverpool a coûté 410fr. L'entreprise
de M. Degorge Legrand, regardée alors comme la première
en ce genre, malgré les essais que nous avons cités,
provoqua dans ses débuts une certaine sensation. Il est bien
rare que les innovations ayant pour but une économie dans
la main-d'œuvre n'excitent pas les inquiétudes de la
classe ouvrière, et par suite n'amènent pas quelques
excès. L'époque de la mise en activité du chemin
de fer de M. Degorge, coïncidant à quelques mois près
avec la révolution, plusieurs milliers d'ouvriers tentèrent
de profiter du moment de trouble qui l'accompagna pour détruire
cet ouvrage. Ce fut les armes à la main et à coups
de fusil que M. Degorge, aidé de ses amis, se vit obligé
de défendre une des plus belles créations de l'industrie
des temps modernes. Les dégâts commis par ces hommes
ignorants contre le chemin de fer ne s'élevèrent pas
à plus de 3000fr., mais ils avaient brisé 36.000 vitres.»
N. BRIAVOINNE, Sur les inventions et perfectionnement
dans l'industrie, depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu'à
nos jours, 1837, p. 46. |