Les
réponses des chefs d'industries, à la question 37
de l'enquête sur le travail industriel de 1886, «Quels
sont les rapports entre les associations ouvrières et les
patrons ?», sont assez éclairantes à ce point
de vue: les patrons ne reconnaissent l'existence d'aucune association.
Société
John Cockerill à Seraing (métallurgie)
«Il n'existe pas ici d'associations ouvrières
ayant pour but la solution des questions que peuvent soulever
les rapports entre les ouvriers et les patrons.»
Armes
- Auguste Francotte, Liège
«Quant à moi et aux ouvriers que j'occupe, je
n'en vois pas l'utilité; mais il en est autrement pour
la généralité de notre industrie. Je pense
qu'un conseil spécial de prud'hommes armuriers (patrons
et ouvriers) donnerait un bon résultat. Les différends
qui ont surgi, ont dû être vidés par les tribunaux,
chose particulièrement onéreuse pour l'ouvrier.
La réponse que j'ai faite sur ces points, pour ce qui regarde
les ouvriers que j'occupe chez moi, est applicable aux ouvriers
du dehors.»
Les
ouvriers, témoins à l'enquête, soulignent
plutôt le mépris des patrons vis-à-vis de
l'ouvrier.
Genot,
ouvrier à Liège
«Il n'existe pas de rapports entre les patrons et les
associations ouvrières. Quand les patrons viennent dans
les ateliers, ils n'adressent jamais la parole à l'ouvrier;
s'ils ont une observation à faire, c'est au contremaître
qu'ils s'en prennent ou au surveillant; s'il y a erreur, soit
de sa faute, ou de celle de l'ingérieur ou de tout autre
employé, c'est toujours à l'ouvrier qu'on l'endossera.
Une
des principales raisons pour lesquelles l'ouvrier a pris une espèce
de haine contre les patrons, c'est l'antipathie qu'ils ont à
parler à l'ouvrier, à répondre à leurs
réclamations. C'est là leur plus grand tort et une
chose bien contraire à leurs intérêts, car
j'ai vu plusieurs fois des fautes commises auxquelles les ouvriers
étaient étrangers. Si on lui avait demandé
une explication, l'on aurait vu que c'était la suite de
la négligence du contremaître ou de l'ingénieur.
Mais non, l'ouvrier qui avait fait le travail, était regardé
de travers ou mis à l'index et les autres s'en frottaient
les mains.
Voici, selon moi, ce que l'on pourrait faire pour obvier à
tous ces abus: créer un conseil d'arbitrage mixte et un
bureau de travail, mixte aussi, lequel aurait pour mission d'inscrire
l'offre et la demande...»