La requête des chômeurs


Monsieur le Gouverneur,

Depuis très longtemps, la presse conservatrice mène campagne contre ce qu’elle appelle les allocations exagérées de chômage et les soi-disant abus qu’elles provoquent.
Vous connaissez les conditions qui sont faites aux chômeurs de notre région et nous rappellerons simplement que la moyenne de l’indemnité journalière payée aux chômeurs de la Fédération des Métallurgistes –qui est de loin la plus forte organisation de la province et celle qui compte le plus grand nombre de travailleurs frappés par la crise– a été, en 1931, de 16 francs par jour, pas même 2,25 francs d’avant-guerre !
Nous sommes donc fondés à nous élever avec la plus grande énergie contre toutes les menaces de restrictions envisagées par le Gouvernement.
Les journaux du 28 juin, commentant le «communiqué» de la réunion du Conseil de Cabinet du 27 juin, signalaient, par exemple, que sont exclus du bénéfice des allocations du Fonds de Crise: les tenanciers d’un débit de boissons ou les commerçants –même par personne interposée–, les chômeurs faisant partie d’un ménage dont un membre pratique le colportage; les assurés de plus de 65 ans et les chômeurs d’une inconduite notoire: buveurs et joueurs.
De plus, l’application du nouvel état de besoin, adopté par les membres du Gouvernement, alourdira et compliquera le travail des caisses et exclura, notamment, quantité de chômeurs partiels, de tous droits aux indemnités.
Ce n’est pas au moment où la classe ouvrière a complètement épuisé les réserves qu’elle avait pu accumuler au prix de combien de sacrifices, pendant quelques années de prospérité, que les Pouvoirs Publics –États, Provinces, et Communes– peuvent lui imposer des privations nouvelles et qui, dans bien des cas, seraient insupportables.
La Délégation.

(La Wallonie, 1933)
Louis Pirard

La requête des chômeurs


Voici le texte de la requête qui a été remise au citoyen Louis Pirard,
Gouverneur de la province, par les délégués des manifestants :


Monsieur le Gouverneur,

Depuis très longtemps, la presse conservatrice mène campagne contre ce qu’elle appelle les allocations exagérées de chômage et les soi-disant abus qu’elles provoquent.
Vous connaissez les conditions qui sont faites aux chômeurs de notre région et nous rappellerons simplement que la moyenne de l’indemnité journalière payée aux chômeurs de la Fédération des Métallurgistes –qui est de loin la plus forte organisation de la province et celle qui compte le plus grand nombre de travailleurs frappés par la crise– a été, en 1931, de 16 francs par jour, pas même 2,25 francs d’avant-guerre !
Au sujet des «abus», il est possible qu’il en existe très peu pensons-nous, mais les organisations ouvrières, qui sont les premières intéressées à une bonne administration des fonds qui leur sont confiés, n’ont jamais hésité à les réprimer dès qu’elles en avaient connaissance.
Nous sommes donc fondés à nous élever avec la plus grande énergie contre toutes les menaces de restrictions envisagées par le Gouvernement et qui n’auraient d’autre résultat que de multiplier les difficultés administratives imposées aux caisses et de réduire dans des proportions très sérieuses le soutien des chômeurs.
Les journaux du 28 juin, commentant le «communiqué» de la réunion du Conseil de Cabinet du 27 juin, signalaient, par exemple, que sont exclus du bénéfice des allocations du Fonds de Crise : les tenanciers d’un débit de boissons ou les commerçants –même par personne interposée–, les chômeurs faisant partie d’un ménage dont un membre pratique le colportage ; les assurés de plus de 65 ans et les chômeurs de 70 ans et plus; les femmes mariées chômeuses complètes, les chômeurs d’une inconduite notoire : buveurs et joueurs.
De plus, l’application du nouvel état de besoin, adopté par les membres du Gouvernement, alourdira et compliquera le travail des caisses et exclura, notamment, quantité de chômeurs partiels, de tous droits aux indemnités.
Ce n’est pas au moment où la classe ouvrière a complètement épuisé les réserves qu’elle avait pu accumuler au prix de combien de sacrifices, pendant quelques années de prospérité, que les Pouvoirs Publics –États, Provinces, et Communes– peuvent lui imposer des privations nouvelles et qui, dans bien des cas, seraient insupportables.
Nous vous remettons la présente, Monsieur le Gouverneur, au nom des travailleurs groupés dans nos organisations et des milliers de sans-travail qui parcourent, en ce moment même, les rues de Liège, en vous demandant de vouloir bien vous en faire l’écho auprès des autorités compétentes. Nous vous remercions d’avance et vous prions de croire à l’assurance de notre considération distinguée.


La Délégation


Pour les chômeurs Colombophiles

Nous rappelons que les chômeurs, détenteurs de pigeons voyageurs, devront fournir chaque mois, à partir du 1er mars, une attestation de la Société Colombophile dont ils font partie, déclarant le montant de la mise.
Quelle est la réglementation chômage en cette matière :

1) tout assuré au travail a le droit de miser ce qu’il veut sur les pigeons sans danger d’exclusion.
2) En période statutaire, le chômeur peut miser ce qu’il veut sans voir ses indemnités diminuées, mais il sera exclu pendant la période du F.N.C. s’il a dépassé la mise obligatoire.
3) En période post-statutaire, le chômeur ne peut dépasser la mise obligatoire, si cette mise dépasse 5 frcs, il ne peut y participer sous peine d’exclusion du bénéfice des allocations du F.N.C.

Un chômeur exclu ne pourra recouvrer ses droits que s’il fait au Bureau Régional du Placement et du Chômage une déclaration écrite qu’il ne participera plus au concours en dehors des règles prescrites.
Il ne pourra cependant prétendre aux indemnités que dans la nouvelle période qui suivra la date de sa déclaration, soit le 1er novembre ou le 1er mai.
En cas de récidive, le chômeur sera définitivement exclu des allocations du Fonds National de Crise.
DISPOSITION TRANSITOIRE. –
Les chômeurs exclus avant le 1er novembre sont admis à faire immédiatement la déclaration ci-dessus prévue; s’ils la font, ils pourront toucher les allocations du Fonds National de Crise.
Il est bien entendu que la participation aux « poules » est strictement défendue.

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