M.
Baziaux René, Directeur Val St Lambert à Herbatte-Namur
Ces ouvriers sont de Namur et des environs. Il y a 29 ouvriers
étrangers au pays sur 912. Ce sont des Allemands, des Français
et des Hollandais. Pour être admis, ils doivent avoir des
papiers en règle, des pièces justificatives. Il
y en a qui sont à Herbatte depuis vingt ans.
(Section C. Namur, 22 juillet 86, p. 18)
On retrouve, dans les procès-verbaux de l’enquête,
des dépositions qui soulignent le pays d’origine
des travailleurs étrangers : France, Allemagne. Mais les
années 1886 étant des années de crise, on
constatera déjà un protectionnisme et la xénophobie
de la part des travailleurs belges.
Déposition de A. Smets, représentant
les ouvriers mécaniciens à l’usine Cockerill
M. le Président : Y-a-t-il beaucoup d’étrangers
?
M. Leemans : il y a 4 à 5.000 Allemands à Seraing.
C’est effrayant. Depuis 10 ans, le nombre en a augmenté
dans une proportion terrifiante.
M. Le Président : Il faut pourtant admettre la liberté
du travail pour tous; nos ouvriers ont été admis
dans le monde entier.
Le témoin : Certes, mais le Gouvernement devrait protéger
les Belges. Les industries devraient être plus belges.
M. Brants : Les Allemands se contentent-ils de salaires inférieurs
?
Le témoin : Je ne sais pas. À Cockerill, je dois
le dire, il y a fort peu d’Allemands. Sont-ils plus soumis
? Sont-ils plus travailleurs ? Je ne le pense pas.
M. Le Président : Pensez-vous qu’il n’y ait
pas autant de Belges dans le bassin de la Ruhr que d’Allemands
en Belgique ?
(Section D. Seraing, Séance du 30 septembre
1886, p. 176)
Monsieur Tonneau Oscar de Wiers
Je remercie le Gouvernement au nom de la Société
protectrice des ouvriers de Wiers d’avoir bien voulu nous
entendre à cette enquête.
Vers le mois de janvier dernier, dans notre commune, il y avait
beaucoup de misère ; à Wiers, on n’a pas d’industrie.
Presque tous les ouvriers sortent de la commune et vont travailler
en France surtout aux charbonnages.
Nos ouvriers sont sans ouvrage. Au moment des élections
en France, on renvoie les Belges et on protège les Français.
Monsieur Delvaux, industriel de Vieux Condé renvoie tous
les ouvriers belges. Certains ouvriers plus protégés
ont été habiter la France pour pouvoir être
encore employés.
Il y a deux ans, beaucoup de familles ont quitté la Belgique,
le village de Wiers et sont allées habiter la France.
(Section régionale de Tournai, séance
du 27 juillet 1886, p. 57 et 58)
Monsieur Grahay, ouvrier armurier
de Nessonvaux
L’ouvrier, aujourd’hui, n’a plus droit de parler.
On exploite la nécessité où il est de se
nourrir, si mauvaise que puisse être la nourriture. J’ai
du courage, heureusement et si l’on me pousse à bout,
je partirais pour l’Amérique. C’est pour cela
que j’ose déposer.
(Section régionale D, Liège, séance
du 1er septembre 1886, p.45)
Monsieur Heuvelmans, directeur de
l’Hôpital des Anglais, à Liège, président
de l’œuvre privée des chauffeurs publics
Le témoin : En décembre dernier, un ouvrier, vêtu
seulement d’une robe de chambre et d’un pantalon de
toile s’est présenté à l’hôpital
à moitié mort de froid. Il ne savait plus parler
tant le froid qui l’avait saisi, était intense. Je
l’ai fait réchauffer, je lui ai fait donner des soins,
et malgré cela, le malheureux est mort dans la même
soirée.
Dans le but de ne plus voir se reproduire ce douloureux événement,
j’eus l’idée de créer les chauffoirs
publics…
Cette situation paraît encore se continuer, peut-être
s’empirera-t-elle ; nous nous sommes demandé si l’émigration
ne serait pas un remède; l’étude de la question
a été mise à l’ordre du jour.
Afin de combattre la répulsion instinctive du Belge pour
l’expatriation, nous préconisons la formation de
groupes capables de constituer outre-mer tout un village, composé
par conséquent d’un centre d’ouvriers agricoles
entourés d’ouvriers de diverses catégories.
Nous désirerons aussi ne choisir comme pays d’accès
que ceux qui ont beaucoup d’analogies avec le nôtre
au point de vue climat. Nous nous sommes adressés à
divers pays et nous avons constaté que l’on ne veut
pas du groupement tel que nous l’avions conçu ; ce
groupement s’organise cependant en pays étrangers.
La Société de Rio-Janeiro notamment, n’en
veut pas; elle n’admet que l’émigration lente,
spontanée, individuelle.
(Section régionale D, Liège, séance
du 1er septembre 1886, p. 46)
Témoignages
extraits de Travailleur
d'où viens-tu ? Équipes populaires-CARHOP, Seraing,
1993.
La
bataille du charbon
«Une personne ayant travaillé de nombreuses années
au charbonnage, a vu défiler un certain nombre de nationalités
et les premières que nous avons vu arriver étaient
les prisonniers russes. Ils logeaient dans les baraquements de
fortune et travaillaient vraiment parce qu’il fallait bien.
Après la libération, juste retour des choses, diront
certains, les prisonniers russes ont été remplacés
par des prisonniers allemands malgré le retour des prisonniers
de guerre.» (J.D.)
On le constate, les Belges, malgré les avantages importants
accordés aux mineurs refusent de descendre ou d’envoyer
leurs fils dans la mine. Pour pallier au manque de main-d’œuvre
chronique dans les mines, le Gouvernement belge va faire appel
systématiquement à la main-d’œuvre étrangère
; les pays de l’Est, anciens lieux de recrutement étant
fermés, ce sera vers l’Italie qu’il se tournera.
«Manque de main-d’œuvre ? Mais ce n’est
pas un problème pour les capitalistes. Ils ont eu recours
à une importation très forte de main-d’œuvre
venant principalement, dans cette deuxième phase, d’Italie.»
(J.D.)
«Je trouve très étonnant d’entendre
parfois les Belges déclarer que nous sommes venus leur
prendre le travail. Cela n’est pas vrai. Pourquoi avoir
alors fait appel aux étrangers pour venir travailler dans
les mines? Mais voilà, ici en Wallonie comme au Limbourg,
les Belges n’aiment pas tellement travailler dans la mine.»
(L.C.)
«L’entente était bonne entre les mineurs italiens,
belges, marocains et autres. Je n’ai jamais trouvé
de différences entre les étrangers et les Belges.
Chacun fait son métier, c’est le principal. Naturellement,
il peut arriver que l’un ou l’autre soit contre les
étrangers. Mais ce sont des ignorants: ils ne savent pas…»
(L.C.)
«En 1956-57, les mines du Limbourg comptaient plus de travailleurs
italiens que de travailleurs flamands.» (L.C.)
«Ils venaient pour une période très courte
presque comme des chercheurs d’or.» (J.D.)
Le départ
«Je suis parti comme ça… un peu pour trouver
un autre monde, une autre ambiance, une autre civilisation. Les
jeunes surtout aiment aller à gauche et à droite,
un peu à l’aventure. Personnellement, j’aimais
bien le goût de l’inconnu, de l’aventure…»
(L.C.)
Les formalités
«D’abord passer devant le médecin. Puis
ma mère a dû remplir des papiers ; c’est elle
qui devait le faire avec 4 témoins parce que je n’avais
pas 21 ans. Après avoir quitté Udine, je suis arrivé
à Milan où j’ai dû passer une nouvelle
visite auprès du médecin belge. Après, destination:
Liège en Belgique !»
L’accueil
«C’était en 53, une année où
il faisait très froid… Il y avait de la neige. À
la gare, un vrai débarquement. Les patrons étaient
là pour faire une sorte de triage, chacun prenant les personnes
qui devaient aller travailler dans sa société. Malgré
le froid, on est resté là des heures pendant qu’ils
faisaient leur triage. C’est eux qui paient le voyage…
alors ils veulent récupérer leurs travailleurs…»
(F.S.)
Les conditions de vie et de travail
«Avec tous les Italiens de mon village, nous étions
logés à la "cantine". Pour dormir, cela
allait, mais pour manger… ! On avait une petite chambre
pour quatre personnes, une autre chambre en comptait 5 et une
troisième plus grande en comptait 7.» (L.B.
et M.C.)
«Les prisonniers russes logeaient dans de vieilles baraques,
mises souvent sur le terril; quand les prisonniers allemands sont
venus, ils ont logé dans les mêmes baraquements.
Les personnes déplacées, Polonais, Yougoslaves,
personnes de l’Est, ainsi que les Italiens sont arrivés
alors et ont repris les baraquements des prisonniers allemands,
et puis, la CECA a fait une série de cités pour
pouvoir démolir les "phalanstères" comme
on disait…» (J.D.)